A propos de l’enseignement bilingue

A la journée complète ou à la demi journée en langue ?

This topic contains 7 replies, has 4 voices, and was last updated by  julufraiak 3 years, 8 months ago.

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  • #502

    Xitcaina
    Participant

    Partagez-nous votre expérience ou vos inquiétudes :
    Certaines écoles ont fait le choix du passage à la journée complète en langue, d’autres ont préféré rester à la demi-journée, pour diverses raisons. Partagez-nous les raisons de ces choix… Ou les questionnements, les craintes…

    #533

    pascassio
    Participant

    Après avoir assisté à la conférence sur la journée complète (en 2014 ?) et après avoir été rassurés sur la non-diminution voir le gain des compétences langagières pour les deux langues, nous avons décidé avec ma collègue de tenter l’expérience à la rentrée 2014. Actuellement, nous sommes toujours à la journée complète (lundi-jeudi et mardi-vendredi) et nous n’envisageons plus de travailler à la demi-journée. Le premier avantage est au niveau du gain de temps. Lorsque nous étions à la demi-journée nous nous sentions obligés de terminer le travail prévu en 3h et nous étions toujours stressés par le temps. Je pense que le passage à la journée permet une plus grande liberté et finalement nous avons l’impression d’être plus présents avec les élèves et donc d’être plus efficaces. Les élèves y gagnent également. Avec ma collègue, nous avions chacun notre classe et les élèves oubliaient souvent du matériel dans l’autre classe. Il en découlait des va-et-vient fréquents. Avec le passage à la journée, ce phénomène s’est atténué et depuis cette année nous avons décidé que les élèves auraient leur classe. Nous pensons que les élèves peuvent maintenant travailler dans les meilleures conditions possibles. Au niveau des devoirs, nous avons eu un retour positif des parents car finalement il n’y plus de devoir pour le lendemain. Il peuvent effectuer les devoirs le mercredi et le week-end. Pour le niveau de langue, il est difficile de pouvoir conclure à une amélioration spectaculaire des acquis. Cependant il est certain que la journée complète ne nuit pas à l’apprentissage de la seconde langue.

    #862

    Xitcaina
    Participant

    Voici l’avis de M. Gilbert Dalgalian, linguiste reconnu, à la question :
    “Quel est le meilleur système en terme d’apprentissage de la langue basque : deux journées complètes par semaine ou une demi-journée chaque jour ? Dans quelles conditions l’une ou l’autre de ces formules serait plus bénéfique à l’élève ?”

    Voyons d’abord les bénéfices de l’une et l’autre formules.
    Une journée complète apporte un bain linguistique plus intense, donc efficace pour l’acquisition des automatismes morphosyntaxiques fondamentaux.
    La demi-journée assure un va-et-vient rapide entre les langues, surtout si on s’appuie sur les acquis dans une langue pour continuer (dans l’autre demi-journée) d’approfondir les contenus (sciences, géo, histoire, maths, etc) dans l’autre langue : ce qui garantit une accélération des transferts de savoirs d’une langue à l’autre. Ce qui nourrit l’activité ‘comparatiste’ des élèves, même s’ils n’en sont pas conscients. On peut d’ailleurs les en rendre conscients en attirant leur attention sur les similitudes et les différences entre langues concernant un même contenu.

    Bref, les 2 dispositifs ont leurs avantages.
    Pourtant je préfère la journée complète pour les petits (encore débutants) et la demi-journée pour les niveaux plus avancés (lorsque les automatismes sont déjà largement en place).

    On pourrait imaginer la journée complète en maternelle et amorcer les demi-journées à partir du CP (ou si on constate des petits retards, dès le CE).

    #864

    Marc E
    Participant

    Ecole Immaculée Conception d’Ayherre, Aude Hiriart enseignante bilingue et Marc Etcheverry enseignant en Français. Chacun de la PS au CM2.

    – Nous sommes d’accord avec “pascassio” sur tous les points évoqués
    – C’est la troisième année que nous sommes à la journée. C’est très positif.
    – Avant la mise en place, les parents étaient inquiets. Depuis, pour les avoir sondés plusieurs fois la première année, tous trouvent que c’est une meilleure organisation mais aussi pour la langue. Les enfants parlent en basque en rentrant à la maison (chose qu’ils ne faisaient pas avant)
    – Pas de modification nette du niveau de langue
    – Un grand confort pour les enseignants et les enfants en terme d’organisation
    – Pas “d’oubli” des notions du jeudi au lundi par exemple
    – Des rituels plus confortables et mieux installés chez les petits mais aussi chez les grands
    – On prend plus de temps pour faire les choses
    – Depuis l’an dernier, les enfants restent dans la même classe également et c’est beaucoup mieux (nous avons les mêmes affichages dans les deux langues, le même matériel…). Même si nous n’avons pas forcément le même fonctionnement, les enfants ont beaucoup plus de repères (surtout les petits).
    – Pour les devoirs, ils ne se retrouvent pas avec plusieurs choses à faire certains jours (et jamais du jour au lendemain, même si c’est le cour d’après)

    Nous ne faisons pas un argumentaire avec uniquement les pour, mais nous ne trouvons pas de points négatifs.

    #903

    Xitcaina
    Participant

    Voici à présent un autre point de vue, celui d’une linguiste et psycho sociologue, Barbara Abdelilah Bauer, qui a bien voulu répondre à nos sollicitations sur la question.

    (…)
    “L’organisation à la journée complète ne me semble pas idéale pour les tout- petits : le délai entre les jours en L2 est trop long.
    Je verrais plutôt une alternance à la demi-journée avec alternance des langues, donc:
    J1 : matin L1 – après-midi L2
    J2 : matin L2 – après-midi L1 et ainsi de suite

    De cette manière tous les domaines/ toutes les activités seraient couvertes par L1 et L2. Si on ne fait que les après-midi en L2 (basque par ex), le temps sera trop réduit, étant donné que les petits font la sieste.

    Idéalement il y aurait un enseignant différent pour le français et le basque, mais je ne sais pas si c’est le cas dans vos écoles.

    Le temps de l’école maternelle me semble primordial pour instaurer le bilinguisme, il faudrait par conséquent procurer plus d’input en L2 qu’en français”.

    #904

    Xitcaina
    Participant

    Pour rappel, je vous donne un rapide Compte rendu des avis des établissements présents à la réunion du 14 janvier 2015 sur la question. 13 Chefs d’Etablissement s’étaient exprimés.

    Chaque école présente a commencé par donner l’état des réflexions menées dans leur équipe :
    Arguments favorables au passage à la journée complète en langue :
    – enfants moins perdus, identifient davantage la langue de travail du jour, et arrivent avec ce projet
    – enseignants plus sereins, ayant plus de temps pour les apprentissages, pour se voir et pour voir les familles,
    – domaines de la langue/langage peuvent être travaillés en langue seconde, Rq : certains enseignant doivent faire le deuil de travailler certaines compétences avec leurs élèves…
    – mieux pour respecter les rythmes des enfants (apprentissages fondamentaux le matin/après-midi)
    – occasion importante de retravailler les répartitions des domaines dans les équipes,
    – expérimentation intéressante ; profiter du passage aux 4,5j pour modifier l’emploi du temps en fonction des besoins des enfants. En effet, en restant en demi-journées sur les 4,5j, certaines a.m. sont très courtes, donc morcelées et ne permettent pas un bon contexte d’apprentissage linguistique

    Arguments défavorables au passage à la journée complète en langue :
    – nécessité de changer de méthode de lecture en CP ? car besoin d’une méthode qui peut être répartie dans les deux langues (par ex méthode des alphas OK) : sons, progression, nécessitent beaucoup de concertation… Le CP cristallise les plus grandes inquiétudes.
    – niveau de langue ? les enseignants ne verront pas les élèves pendant deux jours au moins ; cette inquiétude est surtout très présente pour le niveau de la langue seconde
    – De plus n’y a-t-il pas risque de « saturation » pour les élèves à la fin de la journée en langue seconde ?
    – question de la proportion d’élèves bilingues/monolingues dans l’école : tous les ex ne sont pas transposables d’une école à l’autre
    – lorsque 1,5 classes dans l’école, cela impliquerait d’être une journée entière en classe unique
    – changement, donc part d’inconnue… besoin que toute l’équipe soit partante dans ce sens…

    #916

    Xitcaina
    Participant

    Ailleurs en France?
    écoles publiques et privées du Morbihan :
    Ils sont tous à parité horaire sur la demi-journée, toutes les disciplines enseignées dans les deux langues. Mais comme ils suivent un enseignant dans les deux langues, public comme privé, en maternelle ou en primaire, l’enseignant organise sa journée comme il le souhaite.

    Ecoles privées en Alsace
    Dans l’Enseignement privé Catholique, peu d’écoles bilingues. Seules certaines, à partir du CP, pratiquent le bilinguisme à parité horaire, financées par le Conseil Général. Puis classes bilingues en collège et lycée (avec une ou deux matières en DNL), pour aller vers l’Abibac (équivalent du Bac Allemand), sur des moyens Education Nationale.
    ABCM (écoles associatives): sont sur le format 1 prof/1 langue, sur des journées entières. Ils préfèrent ce système pour une meilleure organisation des mi-temps d’enseignants, un meilleur confort pour les élèves (affaires, devoirs…), une meilleure imprégnation de la langue sur la journée entière (malgré l’écart entre les deux jours)

    #935

    julufraiak
    Participant

    Voici en quelques lignes le résumé d’une réflexion au sein de l’équipe de Villefranque après deux ans de bilinguisme à la journée.
    Le bilan est très positif malgré encore quelques réglages à faire ai niveau de l’apprentissage de la lecture en CP. L’enseignante a pour le moment le sentiment de “charger” au niveau de la lecture deux jours par semaine car ils restent à dominance “français”. De ce fait, dans la même journée il y a la découverte du son et l’entrainement. Dans le cas où des élèves bilingues présenteraient des difficultés en lecture, elle aurait peur de ne pas assez les aider.
    Toutefois, elle reconnaît volontiers que ce sentiment est accentué par l’utilisation d’un fichier et qu’en s’en détachant elle aurait probablement moins d’ inquiétudes.
    A l’inverse, de son côté l’enseignante bilingue qui est en cp a grâce au passage à la journée pu vraiment et concrètement mettre en place la loi cadre: hors de question que les élèves bilingues restent deux jours entiers sans lire ni écrire. Elle a enfin le plaisir de travailler ces domaines avec ses élèves. Elle reconnait qu’elle ne fait pas de découverte de sons comme sa collègue. Elle vient en complément pour fixer les apprentissages. Elle suit la progression de sa collègue et peut à chaque fois apprécier les progrès des enfants qui font facilement le parallèle entre les deux langues.
    Sa position est beaucoup plus confortable car elle n’a pas cette “pression” de l’apprentissage de la lecture comme peut l’avoir sa collègue.
    Ses inquiétudes disparaissent totalement dès le ce1 tant pour les enseignantes bilingues que monolingues.
    La répartition des matières est préalablement établie et conforme à la loi cadre.
    Cette répartition nécessite un réajustement en équipe à chaque vacances (rien d’excessif quand on a l’habitude de travailler ensemble).
    Les enseignantes “courent moins”, elles ont le sentiment de mieux gérer le temps, de travailler plus en profondeur, d’avoir plus de temps (on peut terminer l’après midi une activité non achevée ou non comprise le matin ), on ne marque les devoirs qu’une fois dans la journée (et oui, c’est important!). Pour les enseignantes bilingues sur deux écoles, le soir on “pense” une école , un groupe classe, un mode de fonctionnement et vraiment: cela change la vie!
    Du côté des enfants (et c’est tout de même l’essentiel) leur sentiment est unanime tant pour les bilingues que pour les monolingues. Ils sont plus détendus, moins pressés, ils se repèrent mieux dans le temps ils se mettent plus facilement en projet: c’est la journée avec andereno ou au contraire la journée avec maîtresse. L’immersion dans la langue est favorisée mais il est trop tôt pour dire si le niveau de la langue en est modifié.
    Le seul hic c’est quand ils sont malades, autrefois quand ils étaient malades ils manquaient un peu de français et un peu de basque…A présent, quand ils sont absents ils ratent “beaucoup” de l’un ou de l’autre! Mais bon c’est bien connu, en passant à la journée, ils sont moins stressés, donc moins fatigués et donc moins malades! C’est mathématique!

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